Dépression Exercices d'écritures pour adultes

Elle n’était pas d’ici, Patrick Poivre d’Arvor

Volet dépression

pas-d-ici

Résumé
En janvier 1995, Patrick Poivre d’Arvor bouleversait des millions de téléspectateurs en apparaissant à l’écran au lendemain du suicide de sa fille Solenn. Déjà, dans Lettres à l’absente, il nous avait livré avec une émouvante simplicité le dialogue d’un père et de sa fille anorexique. Ce livre lui valut un abondant courrier dans lequel des malades, ou leurs proches, lui disaient leur reconnaissance pour avoir témoigné de ce qu’ils vivaient. Avec la même sincérité et la même pudeur, il nous dit ici ce que fut – ce qu’est toujours – le deuil. Ces pages écrites au hasard d’un voyage en train, ou dans les rares moments d’inaction d’un homme qui voulut se jeter dans le travail pour éviter de souffrir, ont un inoubliable accent de vérité.

Extrait
La Baule-Paris, dimanche 19 février

Il est sept heures et demie. Toujours un TGV. Celui-là vient de quitter la ville natale de ta mère. Il se traîne. Peu après Nantes, le haut-parleur interne diffuse une explication administrative : « Un accident de personne vient de se produire sur la voie. » Un accident de personne? Qu’est-ce qu’il raconte ce haut-parleur? Pourquoi cette formule ampoulée, si impersonnelle s’agissant d’une « personne »? Qu’est-ce qui lui est arrivé à cette personne? La même chose qu’à toi, mon amour? Et qu’est-ce qu’ils ont raconté au métro Sablons? Se sont-ils énervés à l’intérieur des wagons? Se sont-ils aperçus qu’au moins, ils étaient vivants, et que ces vies-là, ils en avaient pour des jours entiers, des années entières, à en jouir, à en souffrir peut-être, mais à en profiter? Que ce petit retard que tu leur as occasionné n’est rien au regard de notre attente ce vendredi après-midi? Depuis, j’ai rencontré un ami immobilisé ce jour-là avec sa fille dans cette maudite rame.
Et pourquoi, après tout, cette leçon de morale? Je ne vaux pas mieux que les autres. Je peste à mon tour en ce moment parce que le train a fini par s’arrêter en rase campagne, à quelques centaines de mètres d’un village, La Possonnière, dont le nom ne me dit rien du tout.
Je râle parce que je vais être en retard, parce que je m’en veux de regarder comme les autres au-dehors, comme si de la nuit pouvait surgir la clé du mystère, une lumière bleutée d’ambulance, des uniformes de pompiers ou de gendarmes…
Et puis, soyons franc, j’enrage parce que, à mes côtés, deux jeunes filles pleines de vie pouffent à s’étrangler, en s’échangeant leurs histoires, en savourant ce moment de grâce supplémentaire, ces dernières heures de complicité avant de regagner Paris, leurs foyers respectifs, leurs parents sur le dos: « Et pourquoi donc arrives-tu si tard? » Je les aime, ces adolescentes qui m’agacent, parce que je les devine, leurs soirées, leurs angoisses, leur famille… Mais je leur en veux de vivre, parce que tu n’es plus là.
Avant, on m’avait raconté, et je l’avais souvent lu dans des romans, que certaines femmes stériles jetaient des regards noirs sur des landaus ou des ventres arrondis. On m’avait dit aussi que des femmes qui venaient de perdre un enfant ne pouvaient plus supporter les cris de ceux des autres. Mesdemoiselles de La Possonnière, je ne suis pas très fier d’avoir pensé tout cela de vous ce dimanche soir. Et d’avoir changé de compartiment pour ne plus entendre vos rires.

Consigne d’écriture I
Décrivez la rage qu’éprouve Patrick Poivre d’Arvor dans le TGV
La Baule-Paris. Pourquoi tant de points d’interrogation dans le texte?
Minimum 200, maximum 500 mots.

Consigne d’écriture II
Solenn, 17 ans, a laissé une note à son père, Patrick Poivre d’Arvor, avant de se jeter sous une rame de métro: «Merci pour tout mais je n’aime pas la vie. Je veux être incinérée et gardée dans une petite boîte, mais pas jetée à la mer». Imaginez une lettre que Patrick Poivre d’Arvor aura écrite à sa fille après son suicide.
Minimum 300, maximum 600 mots.

Consigne d’écriture III
Paris, dimanche 19 février, 23h
Patrick Poivre d’Arvor, de retour à Paris, griffonne dans son journal intime. Des notes éparses
qui s’adressent aux parents d’enfants suicidaires. Des pensées, des conseils, un cri d’alarme.
Minimum 250, maximum 500 mots.

Consigne d’écriture IV
Patrick Poivre d’Arvor décide de financer une campagne de sensibilisation au sujet de la dépression. Rédigez le slogan de dix affiches différentes.
Minimum 150, maximum 500 mots.

Consigne d’écriture V
Quelques années plus tard, Patrick Poivre d’Arvor, le journaliste et le père, interrompt le journal télévisé qu’il anime et exprime la douleur qui ne s’est pas estompée. Il lance un appel aux jeunes et les exhorte à parler, à communiquer avec leurs parents et de pas se laisser partir à la dérive.
Deux minutes d’antenne.
Minimum 350, maximum 700 mots.

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