Exercices d'écritures pour ados Homophobie

La fille qui rêvait d’embrasser Bonnie Parker, Isabelle Gagnon

Volet homophobie

Extrait
Voilà deux semaines que Raphaëlle et moi sommes ensemble et je dois avouer que ce n’est pas tous les jours facile à assumer… La première fois que nous nous sommes embrassées, quand je suis sortie de chez elle, j’avais l’impression que ça se voyait sur mon visage et j’étais super mal à l’aise. J’ai couru jusqu’à la maison et j’ai passé une nuit blanche à penser à ce qui venait de se produire. Dès que je fermais les yeux, je revivais ce premier baiser et j’avais l’impression que Raphaëlle était là, tout près de moi dans mon lit.

Comme je n’arrivais pas à dormir et que j’avais soif, je me suis levée au milieu de la nuit et j’ai croisé mon père, assis dans la cuisine devant une tartine de beurre d’arachide. Il a eu l’air content de me voir arriver. II faut dire que manger tout seul dans le noir à trois heures du matin, ce n’est pas follement amusant. Et puis moi aussi j’étais contente de me retrouver seule avec lui. Depuis le clash avec mon frère, il y a beaucoup de tension à la maison et j’ai l’impression que tout le monde cherche à s’éviter. J’ai pris le litre de jus d’orange qui traînait dans le frigo et je me suis assise face à lui. II m’a souri et m’a dit que j’avais hérité de son horloge biologique. Comme lui, j’aime trop la nuit pour la passer à dormir. On a parlé un peu de musique. II est super fier de moi parce que je me défends bien à la guitare. Je pense que je réalise un de ses vieux rêves. Mon père aurait aimé jouer d’un instrument, mais il n’avait pas du tout l’oreille musicale. II faut croire que je tiens ce don de ma mère… Ensuite, il m’a demandé comment j’allais et tout de suite, je lui ai dit que je sortais avec Raph. Heureusement qu’il faisait noir, parce que j’ai cru rougir jusqu’aux oreilles en lui avouant. Un moment, j’ai cru qu’il allait s’étouffer avec son beurre d’arachide, mais non, il a avalé sa bouchée et m’a simplement dit: «OK. C’est ton choix.» J’ai aussitôt répliqué que je ne croyais pas que j’avais « choisi » d’aimer Raphaëlle, mais que c’était plutôt une évidence, quelque chose de plus fort que moi. II m’a regardé droit dans les yeux, les sourcils froncés et a mis plusieurs minutes avant d’ajouter qu’il ne savait pas si on choisit d’être gay ou si on naît comme ça, mais que ce n’est pas le chemin le plus facile et que quoi qu’il arrive, il serait là pour moi.

II s’est levé et en passant derrière moi, il a mis ses mains sur mes épaules et m’a embrassée sur la tête. Ensuite il est monté se coucher. Je suis restée un moment seule dans la cuisine à digérer ce qui venait de se passer. Je crois que jamais je n’ai été aussi fière d’être la fille de mon père.

Le lendemain, j’ai vite compris que mon père avait parlé à ma mère. Vu l’état de ses yeux, je crois qu’elle a dû beaucoup pleurer et pas beaucoup dormir. Pauvre maman… Raphaëlle dit qu’il faut lui laisser le temps d’accepter la chose. […]

Avec Raphaëlle, on n’arrête pas de chercher des sites ou des articles sur Internet. Si ça continue, nous allons devenir deux expertes de l’homosexualité ! Son père nous a offert la saison 1 de la télé série américaine «L Word ». Nous avons regardé tous les épisodes en deux jours. C’est tellement rare de voir des filles s’embrasser dans des films ou à la télé !

Je n’en reviens pas de tout ce qui a changé dans ma vie en quelques mois. J’ai l’impression d’avoir vieilli de 10 ans d’un seul coup. Marjolaine m’a dit qu’être différent des autres faisait gagner en maturité. Je pense qu’elle a raison. Je ne veux pas paraître prétentieuse, mais je sens bien que j’ai une longueur d’avance sur les autres jeunes de mon âge. D’ailleurs, en dehors d’Andy et de Raphaëlle, je n’ai pas envie de perdre mon temps avec des 15-16 ans. J’ai tellement hâte d’en finir avec ma dernière année de secondaire et d’être au cégep !

Consigne d’écriture I
Monte un dialogue où la narratrice s’efforce de raisonner sa mère complètement affolée, et qui est dans le déni total.
Minimum 400, maximum 700 mots.

Consigne d’écriture II
Noémie, une amie de la narratrice, l’accuse d’être snob, en disant que l’homosexualité est à la mode, « un truc culturel » importé des États-Unis, que ce genre de relation est vouée à l’échec, etc. Compose la réponse de la narratrice sous forme de monologue.
Minimum 400, maximum 800 mots.

Consigne d’écriture III
Les parents de la narratrice se disputent : le mère est accablée d’angoisse, le père, un peu naïvement, insiste que tout se passera bien. Que se disent-ils ? Dialogue ou échange de courriels.
Minimum 450, maximum 800 mots.

Consigne d’écriture IV
Les deux pères se retrouvent dans une réunion d’un comité de quartier. Olivier, qui est au courant de la relation, s’approche d’eux pour les observer. Olivier écrit ses impressions, (gestuelle, expression faciale, bribes de conversation captées) dans son journal.
Minimum 400, maximum 800 mots.

Consigne d’écriture V
La narratrice reçoit un courriel d’Andy et Chloé dans lequel, en tant que couple, ils expriment leur soutien, en clamant haut et fort que l’amour est plus important que les conventions sociales.
Minimum 400, maximum 800 mots.

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