Exercices d'écritures pour adultes Santé mentale

Folle, Nelly Arcan

Volet santé mentale

Cover-Folle_Arcan

Résumé
« Ensuite j’ai eu peur de tout, j’ai eu peur qu’il soit comme toi, qu’en naissant le bébé ait déjà un passé rempli d’autres femmes. […] Il me semblait qu’en venant de toi, cet enfant me quitterait. » Devenant son propre personnage, Nelly Arcan, jeune romancière sulfureuse, écrit une lettre à l’homme qui l’a quittée. Histoire de conquête et d’abandon, de désir et d’humiliation entre une jeune femme québécoise et son amant français, consommateur de cybersexe et de coke. Elle s’y révèle amoureuse folle, folle de jalousie, folle de son corps haï, folle de la dictature planétaire de l’image.

Extraits
Le jour où tu as monté mon dossier de presse au chalet, tu es venu à moi à plusieurs reprises pour lire à haute voix des critiques de différents journaux de France ou du Québec. Chaque fois je t’ai demandé de te taire et chaque fois tu poursuivais ta lecture jusqu’à ce que je t’arrache les coupures des mains, tu ne comprenais pas que je ne veuille pas lire ces critiques qui me concernaient, tu ne comprenais pas non plus que je ne veuille pas me regarder à la télé alors que n’importe qui d’autre s’en empresserait, tu ne comprenais pas que pour certains il est impossible de se voir en face à moins d’entourer l’événement de mille précautions, à moins de contrôler la situation de l’opinion de l’autre et de son propre corps qui bouge sous un mauvais éclairage. Tu ne comprenais pas qu’à la lecture de mon dossier de presse, je me jette sur toi en hurlant que toute ma vie j’avais dû me protéger des autres et de leur parole qui me bouleversait trop en me repliant sur des livres écrits par des auteurs morts pour la plupart depuis longtemps, que la parole des vivants officialisée dans les journaux était la pire parce qu’elle donnait des faits concrets et qu’elle prenait à témoin la masse où tu te trouvais toi-même. Tu ne comprenais pas que l’auteur d’un livre titré Putain puisse avoir peur des mots et que la pudeur lui bouche les oreilles. […]

Ce jour-là au chalet, il y a eu un début d’étonnement de ton côté, tu as reçu avec le sourire mon refus d’entendre les autres. Tu ne savais pas que les coupures de journaux avaient confondu les tarots de ma tante pourtant fidèles à leur mutisme d’une fois à l’autre et que mon destin de morte remise en question, tu ne comprenais pas que ces coupures me mettaient sur la carte alors que je devais rester invisible, que toute cette histoire contredisait l’évidence de mon destin. Si tu l’avais su, il n’y aurait pas eu d’histoire entre nous, tu aurais gardé tes distances. Au chalet je te paraissais sans doute mignonne parce que dans ton étonnement tu n’as pas prononcé folle mais timide, ma réaction était pour toi un excès de modestie qui allait jusqu’à forcer la disparition des preuves matérielles de ma réussite, c’était une façon d’aller au bout de mon intégrité d’artiste. Le problème avec la folie, c’est qu’elle a plus d’un tour dans son sac, c’est qu’elle a également ses écrans de fumée pour les gens sains d’esprit, la folie sait ne se dévoiler qu’une fois trop tard et passer pour un trait de caractère ou même une stratégie de séduction, elle sait donner à la mort les attraits de la lolita. […]

[…] Ma folie te dépassait, elle te jetait par terre. Tu détestais ma façon de me déclarer faible et de parler des autres en termes de danger, tu disais que pour moi les autres rayonnaient trop et que je devais m’en protéger en les regardant de loin. D’ailleurs au Bily Kun, j’avais tendance à finir les soirées dans un coin, en moi il y avait un élan naturel de retrait, la génuflexion venait toute seule. Je cédais la place à qui la voulait, au Bily Kun je disparaissais chaque fois qu’une de tes ex venait te parler, souvent j’allais dans les toilettes où je me prenais la tête dans les mains. Dans ces moments-là, la coke m’apportait de l’aide, ça me convainquait de ton bon droit. À un stade de notre histoire, tu en as eu assez de venir me chercher pour me tirer de mon renfrognement, tu me laissais faire ; chaque fois je savais que tu pensais au sourire de Nadine qui lui donnait en public une grande visibilité et autour duquel on se regroupait en masse. Pour toi, cette attitude était de l’envie et pour moi, c’était de la survie. Pour survivre les cafards restent dans l’ombre, ils savent que dans la lumière du jour, leur laideur insupporte.

Tu détestais mon habitude d’invoquer le pire dans tout, le pire dans les fous rires et dans les chasses à l’homme autour d’une table quand l’un veut chatouiller l’autre, le pire dans les jouets d’enfants dont les fabricants ont dû évaluer le potentiel à d’enflammer et déterminer le moment de l’explosion à cause des risques de procès, et même le pire du pire quand pour fuir la solitude, on doit endurer le bonheur au grand jour des couples qui sortent au printemps. Mon grand-père voyait d’un mauvais œil les amoureux qui s’embrassaient sur les bancs publics, pour lui c’était de la perversion, pour moi de la persécution.

Consigne d’écriture I
Tu ne comprenais pas que l’auteur d’un livre titré Putain puisse avoir peur des mots et que la pudeur lui bouche les oreilles.Comment la société a-t-elle pu créer une telle dichotomie entre « putain » et « pudeur » au point de mener Nelly Arcan à la folie et au suicide? Rédiger un essai en illustrant avec plusieurs exemples. Entre 350 et 700 mots.

Consigne d’écriture II
Imaginer une lettre écrite par Nelly Arcan à Lucile (voir texte de Delphine de Vigan). Elle évoque ses peurs, ses angoisses, son mal-être.
Entre 400 et 700 mots.

Consigne d’écriture III
Après avoir quitté Nelly, son compagnon, rencontre un ami d’enfance dans un café du Carré Saint-Louis à Montréal. Il lui raconte sa vie avec Nelly et les raisons de sa rupture.Faire le récit à la troisième personne.
Entre 350 et 600 mots.

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