Exercices d'écritures pour adultes Homophobie

H.S., Isabelle Chaillou

Volet homophobie

HSIsabelleChaillou

Résumé
« On va finir pédés avec des meufs comme vous! » Qui n’a pas entendu ce genre de plaisanterie dix fois par jour dans un bahut? Mais qui s’est demandé si ce n’est pas précisément ce genre de plaisanterie qui pousse des jeunes gens fragiles au suicide? Telle Hélène, ambivalente à l’égard de sa sexualité, qui tente de se suicider.

Extrait
Le lendemain, maman a invité la mère d’Hélène à manger, elle a dit qu’elle l’avait trouvée très désemparée au téléphone.
Elle est arrivée pile à l’heure avec un bouquet de fleurs et j’ai été frappée par son sourire crispé. Elle semblait ne pas avoir dormi depuis deux jours et, en m’embrassant, elle m’a serrée tellement fort que j’en ai eu le souffle coupé.
– Merci Clarisse, merci pour elle, merci pour nous, a-t-elle murmuré.
Le repas s’est déroulé d’une drôle de façon, on aurait dit que sa mère ne voulait pas aborder le sujet d’Hélène et elle discutait de tout et de rien avec mes parents comme si on était tranquillement en famille et qu’il ne s’était rien passé. J’ai pensé alors que les adultes étaient à moitié fous et que j’allais finir un jour comme eux en train de parler de la recette du poulet en papillote pendant que ma fille se remettait d’une tentative de suicide à l’hôpital psychiatrique de la ville. Alors, malgré la confiance en eux que m’avaient donnée nos dernières discussions, je n’ai pas pu m’empêcher de mettre les pieds dans le plat, c’est le cas de le dire, et ça a jeté un tel froid que me suis reproché immédiatement ma brutalité!

– Est-ce qu’Hélène vous a dit….- Est-ce qu’Hélène vous a dit qu’elle était homosexuelle ? ai-je brusquement demandé à sa mère.
Elle a sursauté et j’ai vu que papa fronçait les sourcils, mais il était trop tard. (…)
– Homosexuelle … ? a balbutié sa mère.
Papa a fermé les yeux comme s’il ne voulait pas entendre la suite.
– Elle n’en a jamais parlé ? ai-je repris.
– Si bien sûr, enfin je veux dire, une fois ou deux ces derniers temps, mais je lui a conseillé de ne pas s’inquiéter avec ces bêtises. Ma fille n’est pas homosexuelle, a-t-elle affirmé en élevant la voix, je ne sais pas ce qui a pu lui mettre ça dans la tête, ce que je sais c’est qu’elle n’est pas ce qu’elle croit, pas du tout. Je l’ai élevée du mieux que j’ai pu… Du mieux que j’ai pu.
Elle s’est mise à pleurer, doucement, la tête dans les mains et sa tristesse nous a anéantis. J’ai vu les yeux de maman s’emplir de larmes et papa s’est resservi un verre de vin qu’il a bu à petites gorgées.
– Vous savez, a-t-elle continué entre deux sanglots, elle a toujours été la meilleure de l’école. Si elle a redoublé le CM1, c’est à cause de son accident… Elle est restée plus de six mois à l’hôpital.
– Mais même si elle était homosexuelle, vous n’y seriez pour rien, a tenté maman.
La mère d’Hélène a levé la tête et a regardé maman avec une intensité qui m’a surprise.
– Ah non?! Et qui est-ce qui y serait pour quelque chose alors ? Vous, peut-être ?
– Et si personne n’y était pour rien ? a demandé papa. Est-ce que c’est une faute d’être homosexuelle, est-ce que c’est un crime ?
– Vous en parlez si facilement, a-t-elle répondu, mais qui peut souhaiter une telle chose pour son enfant ? Ce n’est pas un crime mais c’est un malheur, j’en suis sûre. Quelle est la mère, quel est le père aimant sincèrement son enfant qui peut se réjouir en apprenant une telle chose ?
– On peut l’accepter… a-t-il dit, presque timidement.
– Non ! On ne doit pas tout accepter, vous ne me ferez pas croire une chose pareille. On veux le bonheur de ses enfants et l’homosexualité ce n’est pas le bonheur! Ceux qui disent le contraire sont des menteurs!
– Accepter Hélène, a précisé papa.
– Si c’est le destin de mon Hélène de mener cette vie-là, bien sûr que je l’accepterai. Mais les autres, comment l’accepteront-ils, ceux qu’elle croisera tout au long de sa vie, comment accepteront-ils ma fille, les autres?

Consigne d’écriture I
Hélène, hospitalisée, s’entretient avec une psychologue. Elle raconte la prise de conscience de sa différence, son mal-être et les raisons de sa tentative de suicide.
Récit à la première personne.
Minimum 400, maximum 700 mots.

Consigne d’écriture II
Monter un dialogue entre Clarisse et son père. Clarisse interpelle son père en lui demandant comment il réagirait si elle, sa fille unique, lui annonçait qu’elle était gay.
Minimum 350, maximum 550 mots.

Consigne d’écriture III
La mère d’Hélène, après le déjeuner chez les parents de Clarisse, écrit une lettre très chaleureuse à sa fille hospitalisée, en lui disant qu’elle l’aime et qu’elle l’accepte totalement.
Minimum 350, maximum 550 mots.

Consigne d’écriture IV
Monter un dialogue entre les parents d’Hélène. Le père est carrément homophobe, tandis que la mère veut comprendre la situation.
Minimum 350, maximum 550 mots.

Consigne d’écriture V
Imaginer une dispute entre le père d’Hélène et la psychologue de sa fille. Alors que le père ne se rend pas compte de l’angoisse de sa fille, insistant qu’elle doit être « normale », la psychologue l’accuse d’être insensible aux sentiments de sa fille.
Minimum 400, maximum 700 mots.

 

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