Anorexie Exercices d'écritures pour adultes

Maître du jeu, Aline Apostolka

Volet anorexie

Résumé
Avec audace et sensibilité, Aline Apostolska aborde les tourments que dévoile l’adolescence dans Maître du jeu, une histoire touchante qui nous rappelle qu’il faut traverser plusieurs épreuves pour arriver à mieux se connaître. Historienne de formation, l’auteure commente : « Avoir envie de mourir à l’adolescence est normal, mais le faire est un horrible drame. Un non-sens qui affecte de plus en plus nos sociétés. Nous avons perdu le sens des rituels de passage ; nos sociétés, composées d’adultes plutôt adolescents, ne savent pas guider les vrais adolescents et leurs pulsions légitimes vers une transformation positive. » Pour traiter de sujets aussi délicats et complexes que le suicide et l’anorexie, Aline Apostolska s’inspire des rituels d’initiation chez les Grecs anciens. C’est avec sensibilité qu’elle aborde les défis que doivent surmonter Benoît, un jeune homme habité par des pulsions suicidaires, et son amie Cécile, une jeune femme qui refuse de s’alimenter par crainte de voir son corps se transformer. Pour apprivoiser les différentes étapes qui jalonnent leur route, les deux complices participeront à l’élaboration d’une pièce de théâtre sur laquelle travaillent activement un groupe de jeunes guidés par des éducateurs.

Extrait
Quelques jours plus tard, j’ai vu Cécile. Cette rencontre m’a littéralement anéanti. Son aspect était plus atroce, plus repoussant que tout ce que j’avais imaginé, et pourtant j’avais essayé de m’y préparer. Pendant tout le trajet qui menait vers sa maison, j’avais volontairement fixé mon esprit sur les images des prisonniers des camps de concentration et sur celles des petits Africains faméliques. Je voulais m’habituer à une vision d’horreur. […]

Sa proximité physique me faisait peur. Pas pitié non, peur. Purement et simplement peur. Il restait ses yeux, immenses, creusés dans les pommettes saillantes de son visage décharné, au point que, quand elle parlait, sa peau se plissait autour du nez et du menton comme celle d’une centenaire. En d’autres temps, passer une heure seul avec elles dans sa chambre m’aurait comblé de joie. Mais là, pétrifié dans le fauteuil, sans oser m’asseoir à ses côtés, sans lui prendre la main, j’avais l’atroce sensation qu’elle n’était déjà plus d’ici, qu’elle habitait déjà un autre monde.
C’est d’ailleurs ce qu’elle m’a dit. Plus rien ne l’intéressait. Elle s’affirmait prête à tout pour que son corps ne devienne jamais adulte. Je l’écoutais, éberlué. Son corps n’était plus rien. Ni celui d’une enfant, ni celui d’une adolescente, pas plus un corps de fille que de gars, et surtout pas celui d’une femme. Ce n’était même plus un corps.
C’est affreux l’état dans lequel cette rencontre m’a mis. J’ai déposé un baiser sur le front de Cécile. Ça m’a demandé un réel effort. En quittant sa chambre, j’ai croisé sa mère. Ça devait se voir que j’étais bouleversé, parce qu’elle a passé la main dans mes cheveux en m’invitant à revenir bientôt, « le plus vite possible », a-t-elle insisté. J’ai promis. Promis de revenir, mais le courage me manquait déjà.
Dans l’autobus, je retournais les questions dans ma tête. Que faire ? Je ne pensais plus à mourir mais à la sauver, elle, ma Cécile. Comment n’avais-je pas vu arriver une telle atrocité ? Il devait bien, pourtant, y avoir eu des signes avant-coureurs. Je me sentais coupable. Peut-on prétendre aimer quelqu’un si on ne voit même pas qu’il est en danger de mort ?
Confusément, j’associais Cécile et mon père. Ça m’avait fait beaucoup de bien de savoir qu’il avait été heureux, qu’il avait eu du bon temps, des plaisir, des chums, des passions, parce que personne jusqu’alors ne m’avait parlé de lui sous ce jour, au point que j’avais moi-même effacé sa joie de vivre, son humour, son impulsivité, sa tendresse, de mon souvenir. Mon père avait connu le bonheur. Je l’avais vu heureux, avec cette femme, avec ma mère aussi, bien sûr, et cela me rassérénait de me la rappeler. La question n’en était que plus prégnante : comment admettre qu’un homme qui avait été heureux, qui aimait deux femmes, et qui aimait vraiment son enfant, se soit tiré une balle dans la tête, comme ça, bang ! Fini !
Comment avait-il si longtemps supporté cette double vie ? Pourquoi ma mère l’avait-elle ignoré ? Ils l’avaient tous poussé vers la mort. Si j’avais été plus grand, si moi j’avais su tout ça, j’aurais dit la vérité, j’aurais sauvé mon père. Je m’en persuadais.
Les images de mon père mort et de Cécile anorexique s’emmêlaient. Je ne pouvais pas me contenter d’aller voir Cécile de temps en temps, en la laissant s’enfoncer dans son monde. Moi, Benoît Desmeules-Langevin, qui n’étais plus un petit garçon impuissant, qu’est-ce que j’allais faire ? J’étais le fils d’un suicidé et d’une perdante perdue. Est-ce que j’allais devenir le chum d’une anorexique en sursis ?

À l’atelier de théâtre
Il y a deux principes fondamentaux que les Grecs respectaient et au nom desquels ils avaient établi ces rituels : le premier consiste à reconnaître qu’avoir envie de mourir à l’adolescence est normal, et que, dans notre inconscient, vouloir mourir et vouloir tuer revient au fond à la même chose. Ça ne veut pas dire qu’il le faille le faire, au contraire, mais il faut reconnaître ces pulsions-là, ne pas en avoir peur, et aider les jeunes à les exprimer. Ce sont des pulsions créatrices, c’est de l’énergie de vie à l’état brut, qu’il faut savoir travailler et utiliser.
Il [le metteur en scène (sic)] marque une courte pause pour mesurer l’effet de ses paroles. Nous étions tous suspendus à ses lèvres.
— Je vais vous donner un exemple concret, poursuivit-il. Nous avons l’habitude, aujourd’hui, d’utiliser le mot agressivité au négatif. Mais le verbe « a-gresser » vient justement du grec « avancer vers »… C’est une super force motrice, et sans agressivité, on ne peut tout simplement pas exister. L’agressivité positive fonde l’estime de soi. Mais l’agressivité est mal canalisée, ou détournée de son sens, elle devient négative et fait qu’on se détruit, qu’on se dévalorise, ou qu’on dit toujours « c’est la faute des autres ». Est-ce que ça, ce sont des choses que vous reconnaissez ? Oui, j’en suis sûr. Donc le premier principe de l’éducation des adolescents chez les Anciens Grecs, c’était de canaliser positivement cette agressivité. Le deuxième principe, c’était de reconnaître qu’on n’existe qu’à travers ce qu’on fait seul et que, dans la vie, on n’obtient que ce qu’on va chercher. Oui, la vie est une jungle violente, très violente, où il faut imposer sa place. Alors il faut pouvoir s’affronter, se mesurer aux autres, perdre, gagner, recommencer, et toujours agresser, c’est-à-dire avancer, mais sans pour autant détruire les autres. Et ça c’est de l’ouvrage. Des questions jusqu’ici ?

Consigne d’écriture I
La mère de Cécile appelle le narrateur et lui demande d’intervenir, pensant qu’il est
le seul à pouvoir la sauver. Dialogue au téléphone.
Minimum 200, maximum 500 mots.

Consigne d’écriture II
Mettez-vous dans la peau du narrateur qui se demande pourquoi dans ses sentiments envers Cécile l’amour et le ressentiment s’entremêlent. Monologue intérieur.
Minimum 300, maximum 500 mots.

Consigne d’écriture III
Le père du narrateur a écrit une lettre à son fils avant de se suicider pour expliquer son geste. Le narrateur comprend alors qu’il doit tout faire pour sauver Cécile. Il y a déjà un mort de trop. Lettre à son meilleur ami, Emmanuel.
Minimum 300, maximum 600 mots.

Consigne d’écriture IV
Le metteur en scène demande aux participants de faire une improvisation sur un thème qu’un autre participant aura choisi. Le narrateur ose. Il demande à Cécile d’improviser à la première personne sur l’anorexie. Cécile, énergisée par le discours du metteur en scène, s’éclate. Ovation. Au choix : monologue, poème, chanson, slam.
Minimum 300, maximum 600 mots

Consigne d’écriture V
« Des questions jusqu’ici ? ». Formulez les questions des quinze participants, générées par le metteur en scène, animateur de l’atelier de théâtre.
Alternez entre le style formel, décontracté, argotique.
Minimum 400, maximum 700 mots.

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