Exercices d'écritures pour ados Intimidation

Eux, Patrick Isabelle

Volet intimidation

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Résumé
Eux, c’est l’histoire d’un adolescent victime d’intimidation. Un jeune battu, extorqué, ridiculisé à outrance par des camarades de classe. Un jeune dont la détresse est ignorée par les témoins silencieux que sont les autres élèves, le personnel de l’école, les parents, les rares amis. Sa douleur est si aiguë et son agonie si longue qu’elles l’inciteront à se venger de ses tortionnaires, à devenir la source d’une violence a priori inconcevable.

Par de courts chapitres inquiétants et poétiques, Eux raconte la genèse d’un drame, genèse qui constitue à elle seule un autre drame, tout aussi terrible mais plus insidieux. Patrick Isabelle brouille la ligne séparant les victimes des bourreaux, et incite à réfléchir au potentiel de cruauté, mais également d’empathie, qui sommeille en chacun. Et si eux, c’était nous? Un roman choc, aussi troublant qu’essentiel.

Extrait
Je me suis précipité pour choisir un casier le plus près possible du bureau de la direction, par précaution, pour mieux me protéger. La plupart des élèves fuient l’endroit, et moi, je m’y suis lancé corps et âme. D’un côté, ça ne pouvait qu’empirer mon image, mais de l’autre, je m’assurais la paix à au moins un endroit dans l’école.
Mon nouveau moi, savamment construit au cours de l’été, a réussi à se fondre un peu dans la masse. Pas au point de me faire remarquer, mais assez pour qu’on me regarde sans avoir l’inexplicable envie de me frapper. Mon costume d’adolescent fonctionnait à merveille. Les filles de secondaire III à côté de ma case osaient m’aborder et je n’avais pas trop de mal à leur répondre.
Je demeurais alerte, mais je me permettais d’y croire.
Le bâtiment de béton m’était désormais supportable. Peut-être que je m’y étais tout simplement habitué. Peut-être aussi que ma rage se transformait peu à peu en mépris… en haine. Je les regardais fonctionner autour de moi avec dédain. Je les détestais.
Dans la classe, ils étaient inévitables.
Quand j’avais le choix, je m’asseyais toujours sur le bord d’une fenêtre afin de pouvoir passer la plus grande partie du cours adossé à celle-ci, mes bourreaux bien en vue. Si on m’imposait mon pupitre, je n’avais pas le choix d’endurer.
Endurer les effaces et les papiers qu’on me lançait. Endurer les jambettes et les tentatives diverses pour m’humilier. Le nouveau jeu à la mode était d’attendre que je m’assoie pour rapidement subtiliser la chaise sous moi. L’effet était majeur, instantané. Un hit. Je me retrouvais par terre comme un con. Une fois, je me suis cogné la tête tellement fort sur le bureau derrière moi que j’ai passé le cours à voir des points noirs devant moi.
Endurer. M’imprégner de leurs insultes, de leurs tapette! toussés sur mon passage, des ta yeule!, des osti que t’es laid. J’avais beau les rejeter, les ignorer, leurs échos restaient en moi en permanence.
Évidemment, les profs sont toujours sourds dans ces moments-là. Des fois, ils entendent et font des gros yeux, mais on ne punit personne pour ça de toute manière. On réprimande et on oublie et on croit que c’est suffisant, que ça ne se reproduira plus.

J’ai toujours détesté parler devant la classe. C’est de la torture et ça devrait être interdit ou, du moins, non obligatoire. Mais ils y tiennent. Ils veulent que nous communiquions adéquatement. Je n’ai rien contre la communication, mais je n’ai aucune envie de communiquer avec eux.
J’avais demandé à ma prof si je pouvais lui faire mon oral en privé, juste devant elle pendant le lunch ou après l’école. Elle avait refusé avec ses yeux de petit chien battu. T’as pas à être gêné, tout le monde doit le faire. Je n’étais pas gêné, je voulais juste ne pas faire rire de moi. Elle avait eu l’air choquée.
« Personne ne rira de toi. Pourquoi dis-tu une chose pareille ? »
Les adultes sont naïfs. Ou juste bêtes, je ne sais pas trop. Ont-ils tous eu des adolescences parfaites, ou bien ont-ils simplement oublié? J’ai lâché prise. […]

C’est flou, ça s’est passé tellement vite. Je me suis levé avec l’impression que mes jambes allaient s’écrouler sous mon poids. La nervosité m’a pris et j’ai baissé ma garde, et lui, le petit baveux, en a profité pour mettre sa jambe dans le chemin. Un éclair, et j’étais face la première sur le plancher dur et sale de la classe. Mes fiches ont fait un vol plané et je les ai vues se répandre partout devant moi, au ralenti.
Les rires.
Les crises de rires.
« Osti d’ loser! » qu’il m’a murmuré en me regardant, avec ses petits yeux perfides, son sourire narquois. […]

La prof n’a même pas eu le temps de dire son nom. Il n’a pas eu le temps de réagir. Je n’ai même pas eu le temps de m’apercevoir de ce que je faisais. Je me suis agenouillé face à lui et ma main est partie toute seule. Le poing fermé, j’ai visé directement son nez avec une violence que je ne me connaissais pas, de toutes mes forces. Je l’ai envoyé à la renverse et il s’est retrouvé sur le plancher à son tour.
Prenant conscience de ce que je venais de faire, je me suis relevé d’un coup, et pendant un instant, j’ai savouré son air abasourdi, surpris. Il ne comprenait pas ce qui venait de lui arriver. Les rires se sont arrêtés dans la pièce et j’ai cru entendre la prof crier mon nom. Je n’avais jamais répliqué avant, je n’avais jamais fait quoi que ce soit qui puisse me mettre dans l’embarras.

Consigne d’écriture I
« Les profs sont toujours sourds dans ces moments-là ». La « surdité » de l’enseignante a-t-elle, d’une certaine manière, contribué à la dégénération de la situation ? Quel rôle les enseignants doivent-ils assumer ?
Minimum 300, maximum 600 mots.

Consigne d’écriture II
Le narrateur va être puni pour avoir frappé son camarade de classe. Rédigez la lettre qu’il compte écrire au directeur de l’école pour souligner cette injustice.
Minimum 300, maximum 450 mots.

Consigne d’écriture III
Monter un dialogue entre deux enseignants. Un défend le narrateur. L’autre insiste que tout violence est inacceptable, quel que soit le contexte.
Minimum 400, maximum 700 mots.

Consigne d’écriture IV
Au lieu de frapper son tortionnaire, le narrateur a décidé de lui parler. Monologue.
Style concis et percutant. Ton calme mais ferme.
Minimum 300, maximum 600 mots.

Consigne d’écriture V
Monter un monologue intérieur où le narrateur analyse son acte de violence. S’agit-il d’une victoire ? « Ou suis-je devenu comme eux ? »
Minimum 350, maximum 600 mots.

 

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