Exercices d'écritures pour adultes Intimidation

Racket : une grand-mère en colère, Jacques Salomé

Volet intimidation

Psychologiesmai2000

Extrait
Tout dernièrement, je papotais avec une grand-mère, jeune de corps et d’esprit, enthousiaste et émerveillée par son petit-fils Maxime, âgé de 12 ans. Et puis notre conversation a pris un tour douloureux et dramatique.
 » Nous nous voyons Maxime et moi, presque toutes les semaines, le mercredi, une heure ou deux autour d’un chocolat, d’un gâteau, d’une séance de cinéma ou d’une vidéo, me racontait-elle. Quelquefois plus longtemps, à l’occasion de vacances ou de jours fériés. C’est chaque fois un plaisir immense pour moi. Nous parlons comme je n’ai jamais pu le faire enfant avec mes parents. Nous discutons de tout comme jamais je n’ai pu échanger avec mes propres enfants. Aujourd’hui cependant, je me sens en colère, honteuse, indignée, confrontée à un sentiment d’impuissance que je n’accepte pas.
Il y a seulement dix jours, mon petit fils m’a confié qu’il était, depuis deux ans, l’objet d’un racket d’argent. Deux ans que ça dure ! J’étais sourde, aveugle, tant j’étais certaine que la drogue, la violence, la dépouille ne l’avaient pas atteint. Avec tout ce que je lis dans les journaux, tout ce dont on parle ses parents et moi, j’étais sûre qu’il y avait non seulement échappé, mais que cela n’existait pas au sein de ce petit collège du Jura, dans une France fidèle à des valeurs, loin des tumultes et des injustices du monde.
J’ai de la rage en moi, j’étouffe, je me débats. Il ne veut pas que j’intervienne, que j’en parle. Il ne veut pas passer pour un “cafteur”. Je crois surtout qu’il a peur, qu’il ne sait pas comment affronter la menace, sournoise mais réelle, qui plane sur la cour de récréation ou dans le périmètre immédiat du collège, sur le chemin de l’école.

J’en ai parlé autour de moi à mes enfants – ses parents –, à des amis. Chacun met plus ou moins en cause l’Éducation nationale, les enseignants, les pouvoirs publics, la famille, les enfants des autres. Chacun, à sa façon, commente, s’agite, s’épuise, vite, et change de sujet, démissionne.
Et moi, j’implose. L’autre soir, dans mon lit, je repensais aux Folles de la place de Mai, qui manifestaient tous les ans à Buenos Aires, en mémoire de leurs fils disparus, à leur ténacité, leur courage, leur cohérence morale. Je suis devenue à ma façon une de ces folles. On ne m’a pas enlevé mon petit-fils. Oh ! non, il n’a pas disparu, il est toujours vivant. Mais il est là, comme un oiseau blessé, perdant petit à petit son enthousiasme pour la vie, sa confiance en lui, usant sa joie, contenant sa vitalité. Il m’a dit avant-hier : “Je m’en veux de me taire, d’être un lâche, que ce soit pour moi ou pour les copains quand je suis témoin et que je ne dis rien. Mais je suis trop seul. Les adultes, eux, préfèrent ne pas voir, ne veulent pas se mêler de ça. C’est des histoires entre vous, disent-ils. Quand je serais plus grand, je pourrais me défendre. Ils ne m’auront pas, ni avec la drogue ni avec les coups.” Il rêve de faire du karaté, du kung-fu, de la boxe thaïlandaise… « 
Et cette femme ajoutait :  » Je ne suis plus en âge de m’inscrire dans un club d’autodéfense, mais je peux mobiliser des grands-mères, je peux devenir une folle grand-mère des collèges ! Je ne peux pas laisser faire, je ne peux pas me taire à mon tour !  »
J’ai retenu de cet échange qu’un jour peut-être des parents descendront dans la rue, se mobiliseront, feront la grève pour la sécurité et le bien-être de leurs enfants.
Certains le font déjà, occupent des écoles pour tenter d’obtenir des locaux plus sûrs, davantage d’enseignants, davantage de conseillers d’éducation.

Et j’imagine des grands-mères défilant silencieusement chaque jour devant chaque école, chaque collège, pour protéger leurs petits-enfants de la violence : celle du monde adulte, mais aussi celle de l’enfance. Des grands-mères qui témoigneront qu’il n’est plus acceptable de gâcher l’avenir de leurs petits-enfants, de les humilier, de les réduire à l’état de consommateurs de drogue, de racketteurs ou d’infirmes sociaux.

Jacques Salomé

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Consigne d’écriture I
Reconstituer la conversation entre Maxime et sa grand-mère lorsqu’il lui apprend qu’il s’est fait racketter. Faire particulièrement attention au ton et au niveau de langage. Style décontracté, branché, voire un peu vulgaire.
Minimum 400, maximum 600 mots.

Consigne d’écriture II
« Le Manifeste des folles grand-mères des collèges » – La grand-mère de Maxime lance un appel à toutes les grands-mères du monde dont les petits-enfants ont subi de telles épreuves.
Se référer, en ligne, au style des manifestes célèbres.
Minimum 300, maximum 600 mots.

Consigne d’écriture III
Après avoir mené son enquête, la grand-mère parvient à identifier le racketteur qui habite dans le quartier. Elle écrit une lettre à la grand-mère du jeune homme en question pour lui demander d’intervenir.
Minimum 350, maximum 650 mots.

Consigne d’écriture IV
Un groupe de grand-mère se réunit pour rédiger une lettre choc au ministre de l’Éducation. Elles demandent qu’un pédagogue spécialisé dans l’intimidation, le racket et la cyberviolence soit envoyé de toute urgence dans l’école de leurs petits-enfants.
Minimum 300, maximum 600 mots.

Consigne d’écriture V
Dix élèves victimes de racket contactent un journaliste de la Gazette de Saguenay qui demande à chacun, chacune de relater un incident sous la forme de tweets. Un tweet est composé de 140 caractères, prénom et âge compris.
Total : 1400 caractères.

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