Anorexie Exercices d'écritures pour adultes

Seule contre moi, Geneviève Piché

Volet anorexie

Résumé
Trouble psychique dont les causes sont mystérieuses, l’anorexie est au cœur de Seule contre moi, un roman pour ados de l’enseignante au primaire Geneviève Piché. Pascale, la narratrice de 14 ans, ressent un malaise existentiel diffus. Les ados amoureux, autour d’elles, la perturbent, le couple que forment ses parents se délite et l’obsession du poids s’installe dans sa tête. Puis elle réussit à se refaire. C’est une longue traversée solitaire, une pente énorme à monter et à remonter, que doit affronter l’héroïne. Il s’agit d’un roman thérapeutique qui se situe loin du divertissement léger, mais qui se fait accompagnateur, formateur et somme toute apaisant. Une lecture douce malgré la lourdeur du sujet.

Extrait
Après la douche, je sors la balance de l’armoire. C’est l’instant de grâce. Chaque fois, je retiens mon souffle. Voir l’aiguille reculer dans son petit cadran vitré me propulse de plus en plus haut. Je ne veux plus redescendre. Dix, quinze, vingt fois par jour, je monte sur la balance. Des feux d’artifice explosent dans ma poitrine. […]

Maigrir me donne des ailes. J’aime sentir mes pantalons flotter légèrement autour de ma taille. Insérer ma main entre le tissu et ma peau. Ça crée un espace en moi, une terre vierge où je peux m’inventer. Comme un artiste qui peu à peu transforme la matière pour voir apparaître une pièce unique, je sculpte mon corps.

Pour ne pas dévier de ma route, j’imagine de nouvelles ruses. Hier soir, à table, j’ai bien failli plier. Je séparais les grains de maïs de la purée de pommes de terre pendant que mon père, qui nous avait fait l’honneur de sa présence, racontait sa journée au bureau. Passionnant. Puis soudain, sans que je sente la menace venir, plus rien. Personne ne bouge. Mes parents me dévisagent.
— Tu ne vas pas juste manger les grains de maïs ?
Le silence devient opaque. Aucune ouverture possible. Je m’incline, introduis une bouchée de steak haché dans ma bouche. Le mouvement des ustensiles autour reprend. Je mâche lentement, une vache qui rumine, ma salive se mélange à la viande, ça devient une sorte de bouillie que je promène d’une joue à l’autre. Jamais je ne vais pouvoir l’avaler.
D’un mouvement brusque, je repousse ma chaise. Je saisis un papier-mouchoir sur le comptoir et je me mouche, discrètement, en crachant tout. Je me rassois j’enfourne deux bouchées, coup sur coup. La saison des allergies commence. […]

Contrairement à ce que ma mère et le docteur Vaillant peuvent penser, je ne suis pas malade. Une véritable maladie ne se décide pas. Moi, j’ai choisi ma route. Je sais qu’au bout, quelque chose de plus grand, de plus vaste m’attend. Tout là-haut, je me vois danser dans la lumière.

Je suis au pied de l’Everest, au bas du grand escalier qui, au collège, mène au quatrième étage, à l’atelier de madame Chevalier, au bout du monde. Je saisis la rampe en bois massif et je pose mon pied sur la première marche. Tête baissée pour ne pas voir les volées de marches à grimper. Je compte. Un, deux, trois, quatre… Je ne m’arrête pas sur le palier à mi-étage, au contraire, j’accélère. Je fais de l’exercice. Vingt-sept, vingt-huit, vingt-neuf… Premier étage. Je reprends mon souffle et j’augmente le rythme. Me punir pour ce bref relâchement. Je me concentre. Mes jambes sont lourdes, je dois les lever plus haut, ne pas cogner le bout de mes chaussures sur la marche. Quarante-deux, quarante-trois, quarante-quatre… Maintenir la cadence. Soixante-quinze, soixante-seize, soixante-dix-sept… Mes doigts agrippent plus solidement la rampe. Je sens qu’on cherche à me dépasser sur la gauche. Non, non, non, je ne laisserai pas ces gars-là prendre l’avance. Je saute quelques marches, allez, hop ! Je vais plus vite qu’eux. Troisième étage. Des éclairs blancs m’aveuglent, je ne lâche pas plus la rampe. Surtout, ne pas ralentir, augmenter le rythme encore. Je me rapproche. Je ne sens plus mes jambes, elles sont molles, je tiens sur de la gélatine. Cent un, cent deux… La tête me tourne. Dernier effort. Cent seize, cent dix-sept, cent dix-huit… Je pose enfin le pied sur le plancher du quatrième étage. On dirait qu’il tangue, je vais tomber, mes mains tâtonnent dans le vide. Tout est blanc, les murs reculent, les voix qui m’entourent sont assourdissantes. J’y suis arrivée. […]

Je n’ai plus le droit de courir. Exemptée du cours d’éducation physique jusqu’à nouvel ordre. C’est ce que vient de m’ordonner le docteur Vaillant sans que j’ose protester. Ma mère n’a pas desserré les lèvres depuis que nous avons quitté son bureau. Elle freine brusquement à une lumière rouge. Le feu passe au vert. Elle reste paralysée. On klaxonne derrière. On klaxonne de nouveau. Ma mère sort de sa torpeur. Accélère. Sur l’autoroute, elle tourne la tête vers mois.
–Tu rends-tu compte que tu es en train de te détruire ?

Consigne d’écriture I
Montez un dialogue entre la narratrice et sa meilleure amie, Émilie, qui ne comprend pas ses obsessions. La narratrice s’efforce de décrire l’euphorie créée par la faim, la sensation d’être délestée de toute lourdeur, de voler.
Minimum 200, maximum 400 mots.

 

Consigne d’écriture II
Tout ce que fait la narratrice indique qu’elle est, comme dit sa mère, en train de se détruire. Bien que cela soit évident, la narratrice n’est pas d’accord. Essayez d’expliquer sa logique.
Minimum 300, maximum 450 mots.

Consigne d’écriture III
Madame Chevalier, qui se rend compte très vite de la situation, demande à la narratrice de rester après l’atelier d’art. Elle lui parle d’un programme qu’elle a vu sur CTV. Le show d’Ophrah Whinfrey où elle avait réinvité le même groupe de jeunes filles qu’elle avait réunies sur le plateau trois ans auparavant. Elles avaient toutes pris du poids et trouvé le bonheur. Madame Chevalier se propose d’aider la narratrice. Récit.
Minimum 400, maximum 600 mots.

Consigne d’écriture IV
Le docteur Vaillant a demandé à la narratrice de s’exprimer, par écrit, à la maison, sur sa phobie de la nourriture. Lors de la consultation suivante, elle énumère en détail sa répulsion visuelle, olfactive, gustative, et tente d’explorer les causes de cette phobie.
Minimum 300, maximum 600 mots

Consigne d’écriture V
La narratrice, après avoir parlé au docteur Vaillant et à Madame Chevalier, fait le bilan de sa vie. Comment envisager l’avenir alors que sa vie est si fragile, si précaire ?
Minimum 300, maximum 500 mots.

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