Alzheimer Exercices d'écritures pour adultes

Je ne suis pas sortie de ma nuit, Annie Ernaux

Volet Alzheimer

Résumé
Au cours de l’été 1983, en pleine canicule, la mère d’Annie Ernaux fait un malaise.
Elle est hospitalisée et les médecins découvrent qu’elle ne s’est pas alimentée depuis des jours. Sa fille la prend en charge chez elle. Cependant, la mémoire de sa mère s’effrite au fil des jours. Annie Ernaux est le témoin de cette détérioration. Les médecins ont mis un nom sur cette maladie : Alzheimer.

Extrait
vendredi 15
À mon arrivée, elle était assise près de l’ascenseur, hagarde. Elle parlait si bas que je l’entendais à peine. Dans le couloir vers sa chambre, elle marchait à demi courbée. Elle émiettait son macaron sans le manger. J’ai envie de pleurer en voyant cette demande d’amour qu’elle a envers moi, qui ne sera jamais plus satisfaite (je l’ai tant aimée dans mon enfance). Je pense à ma propre demande d’amour vis-à-vis de A. maintenant, alors qu’il me fuit.

Quand je reprends l’ascenseur, j’aperçois son visage entre les deux portes qui se referment brutalement et qui semblent la supprimer dans un claquement.

Répétition de ces visites, toujours iden­tiques : nous sommes assises l’une en face de l’autre, quelques phrases, plus ou moins normales. Je connais les autres femmes. L’une arpente sans cesse le couloir d’un pas rapide, très droite, assez jeune. Elle ressemble à l’horloge détraquée de L’enfant et les sorti­lèges de Ravel. Aujourd’hui, j’ai vu qu’elle avait un mari, la soixantaine, en costume bleu, les yeux rouges.

Une infirmière hurle au téléphone : « Y’a un mourant ? »

vendredi 12
Je me souviens du temps où ma mère était chez moi, de septembre à février, de ma cruauté inconsciente (?), de mon refus absolu qu’elle devienne cette femme sans mémoire, apeurée, accrochée à moi comme une enfant. C’était pourtant moins horrible que maintenant. Elle avait des désirs, de l’agressivité.

Pour la première fois, je me suis représenté clairement sa vie ici, en dehors de mes visites, les repas dans la salle, l’attente. Je me prépare des tonnes de culpabilité pour l’ave­nir. Mais la garder avec moi était cesser de vivre. Elle ou moi. Je me rappelle la dernière phrase qu’elle a écrite : « Je ne suis pas sortie de ma nuit. »

Répugnance à mettre des affaires qu’elle a laissées, sa liseuse, etc. Envie de les garder, comme dans un musée.

Constamment, je compare le teint, les jambes des autres vieilles femmes à ceux de ma mère: savoir : « où elle en est. »

décembre

dimanche 2
Ma mère a une sorte d’ombre noire sur son visage. C’est celle — je m’en souviens maintenant — des vieux devant lesquels nous allions avec le pensionnat brailler des can­tiques, quelques jours avant Noël. Elle refuse de s’asseoir et s’effondre dans mes bras.

Souvent, elle parle des morts comme s’ils étaient vivants mais elle ne parle jamais de mon père.

Consigne d’écriture I
Imaginez que vous êtes le patient qui essaie de téléphoner. Qui est à l’autre bout du fil ? Qu’avez-vous à dire à cette personne?
Minimum 400, maximum 700 mots

Consigne d’écriture II
Parfois la mère parle des morts comme s’ils étaient vivants. Imaginez un dialogue entre la mère et son interlocuteur dans l’au-delà.
Minimum 350, maximum 600 mots

Consigne d’écriture III
Montez un dialogue où une personne âgée tente d’expliquer la vieillesse à un adolescent aux questions intarissables.
Minimum 400, maximum 600 mots

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