Exercices d'écritures pour ados Homophobie

Tabou, Frank Andriat

Volet homophobie

Tabou

Résumé
Loïc est mort. Loïc s’est suicidé parce qu’il n’acceptait pas son homosexualité. Dans sa classe, c’est la consternation. Personne ne se doutait de rien. Sauf Philippe à qui Loïc a parlé quelques jours avant de se pendre, à qui Loïc a fait promettre de ne pas dévoiler son secret. Tabou. Il y a des sujets qu’on hésite à aborder. Parce que c’est plus facile. Plus lâche aussi, mais ça, on préfère l’oublier. Tabou. Philippe est complètement désemparé et, s’il n’y avait Elsa, il ne trouverait personne à qui se confier, à qui dire sa peine, à qui révéler pourquoi la mort de Loïc le fait tellement souffrir. Quand on est différent, c’est difficile, mais c’est aussi tellement riche. Tabou. Loïc s’est tu et il est mort. Aurait-il pu apprendre à tendre la main vers les autres, aurait-il pu apprendre à s’aimer.

Reginald est le narrateur et la figure principale. C’est lui qui raconte le choc provoqué, à l’école, par l’annonce du suicide de Loïc. C’est à lui que Clémence, la jeune sœur du suicidé, confie la raison pour laquelle son frère s’est donné la mort. Réginald prend alors l’initiative de faire part à son ami Philippe de la bouleversante révélation que lui a faite Clémence, mais Philippe lui raccroche au nez.

Extrait
Le regard qu’il porte fixement sur moi me dérange. Que me veut-il à la fin ?
− Quoi ? dis-je en souriant, tu veux ma photo ?
− Ce n’est pas drôle, Réginald. Tu réagis comme un gamin.
− C’est ça, c’est de ma faute. Tu m’observes comme si j’avais un horrible bouton au plein milieu du nez.
Il soupire.
− Quand tu veux être con, tu joues bien ton rôle, Réginald. Ce que j’ai à te dire n’est pas facile et tu ne me simplifies pas la tâche. N’as-tu toujours pas compris pourquoi c’est vers moi que Loïc s’est tourné lorsqu’il a voulu faire part de son homosexualité à quelqu’un ?
Dans ma tête, ça bouillonne, mais non, je ne veux pas comprendre. Pas Philippe, pas un de mes meilleurs amis, ce n’est pas possible ! Je fais un terrible effort sur moi-même pour ne pas me mettre à hurler, pour ne pas jurer, pour ne pas l’insulter. Là, franchement, il me choque, il me déçoit. Philippe !Je tente encore une porte de sortie, je ne veux rien entendre.
− Peut-être parce que tu es le plus psychologue parmi nous, parce que tu es d’un naturel calme et conciliant et que Loïc savait que tu ne te moquerais pas de lui, que tu l’écouterais.
Il a un sourire attristé et me déclare :
− Non, Réginald, parce que je suis un pédé, une tapette, une tantouze, un homo, un fif, un dépravé, un anormal si tu préfères. Je ne l’ai jamais dit à personne, mais Loïc l’avait deviné.
Quelle violence dans ses mots et dans le regard qu’il m’adresse ! Je voudrais filer, le planter là, sur le trottoir, mais je ne peux pas faire un pas. Je suis cloué au sol par la surprise, par la déception, par la colère. Mille autres sentiments tourbillonnent en moi et je ne sais plus à quoi m’en tenir.
− Pourquoi t’énerves-tu comme ça ? parviens-je à balbutier.
– Parce que, depuis cinq minutes, quoique tu te dises mon ami, tu fais tout pour ne pas m’entendre. Parce que, si le suicide de Loïc ne t’a pas ouvert les yeux, dans la société où l’on vit, dans l’école où nous sommes, c’est dur à porter d’être homo et c’est encore plus difficile de l’avouer à quelqu’un qui ne le comprend pas.
− Mais, Philippe, je n’ai pas dit que je te rejetais. Je te tolère, je…
− Ta tolérance, tu peux la garder pour toi. Me tolérer, ce n’est pas m’accepter, Réginald. Et ne mens pas ! Tu détestes les homos. Te rappelles-tu la blague que tu as encore racontée hier ?
Il faut avouer qu’il n’a pas tort. Je ne trouve rien à lui répondre.
− Alors, finis-je par demander, nous ne sommes plus amis ?
− Je n’ai rien perdu de l’amitié que j’éprouve pour toi, Réginald, mais toi, maintenant que tu sais qui je suis vraiment, tu préfères peut-être ne plus me fréquenter.
− Pourquoi dis-tu ça ?
− Parce que tout ton corps exprime ta déception de me savoir homosexuel : ton regard fuyant, ton visage et tes muscles crispés. Je te dégoûte donc tant que ça ?
− Tu déconnes, Philippe. Tu ne me dégoûtes pas.
− Et si je te demandais de me rouler une pelle, tu ne ficherais pas le camp ?
Là, il va trop loin. Depuis quelques minutes, je sens qu’il tente de me provoquer et il vient de réussir.
− Merde ! crié-je. Va te faire rouler des pelles par qui tu veux. Moi, je n’ai rien à voir avec des enculés de votre genre !
− Merci, Réginald, murmure-t-il, merci pour ton ouverture d’esprit, mon ex-ami. Va baiser Elsa, elle possède tout ce que tu recherches et elle te fera certainement moins peur que moi avec qui tu as partagé des années de ton existence.
− Saloperie ! Dis-je.
L’émotion me noue la gorge et je ne peux aller plus loin. J’ai toujours beaucoup aimé Philippe et ce qui se déroule entre nous me fait terriblement mal. Avant d’être un homo, Philippe est d’abord un de mes meilleurs potes. Un ami. Je suis tout à fait perdu. Pour qu’il ne me voie pas pleurer, je me détourne et je m’éloigne à grands pas, l’abandonnant au milieu du trottoir.

Consigne d’écriture I
Après-coup, Réginald repense à cet échange violent. Bouleversé, il tente de comprendre sa réaction à l’égard de Philippe. Il écrit une lettre à son ami italien Paolo.
Minimum 350, maximum 600 mots.

Consigne d’écriture II
Pas Philippe, pas un de mes meilleurs amis, ce n’est pas possible ! Est-il possible d’avoir un ami si différent de soi ?
Faire appel à votre expérience.
Minimum 350, maximum 700 mots.

Consigne d’écriture III
Qu’est-ce qui est tabou ? Imaginer un débat au sein d’une classe où les opinions des élèves sont exprimées sur un sujet tabou de votre choix. Faire intervenir un minimum de trois élèves et leur donner un prénom.
Minimum 400, maximum 800 mots.

Consigne d’écriture IV
Tu penses être tolérant. Tu n’as rien contre les gays, les lesbiennes. Pourtant, la tolérance demeure quelque peu abstraite. Une lesbienne s’est inscrite à ton stage de théâtre où l’un des participants refuse un rôle où il est censé l’étreindre et l’embrasser. Tu interviens avec brio pour calmer les esprits. La pièce se déroule sans heurt. Soit ton monologue gentil mais ferme. Soit un dialogue entre toi et l’acteur.
Minimum 400, maximum 700 mots.

Consigne d’écriture V
Un de tes camarades de classe est fort déprimé. Tu apprends qu’il est homosexuel et qu’il est rejeté par ses pairs ainsi que par les professeurs. Rédige une lettre dans laquelle tu lui offres ton soutien moral.
Minimum 350, maximum 700 mots.

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