Dépression Exercices d'écritures pour adultes

Tant pis pour le sud, Christian Lehmann

Volet dépression

sud

Résumé
Céline, adolescente vindicative, adolescente touchante et exaspérante jusqu’au bout des ongles, doit chaque année passer ses vacances dans le Sud, chez son oncle, sa tante et son cousin. Le Sud, c’est la corvée de Céline. Pourtant, cet été-là, Céline décide de son plein gré d’y descendre. Son cousin Julien s’est suicidé et la jeune fille n’a qu’une idée en tête: trouver le motif de son acte. Suspect numéro un: le jeu de rôles, pratique que les parents de la victime tiennent pour responsable de la mort de leur fils.

Extrait
− Non, sans rire, comment va ta mère ? reprit Bernard en redémarrant la Kangoo décorée du logo de son magasin de photographie.
− Écoute, elle va…
− Tu sais, nous n’avons plus aucune nouvelle… Avant… avant le décès de Julien, elle appelait au moins une fois par semaine, et là…
− Je crois qu’elle trouve ça très dur. Elle ne sait pas quoi vous dire…
− Tu sais, chérie, on n’est pas difficiles, on vit en province, elle peut nous parler de la pluie et du beau temps, ça nous suffira…
Céline prit une grande inspiration, puis :
− Ben en fait, c’est pas si facile. Moi-même, j’ai souvent voulu appeler et je ne savais pas quoi vous dire. Je trouvais que ça avait l’air futile, mes petites histoires, par rapport à ce qui était arrivé…
Bernard hocha la tête, sans rien répondre.
− Des gens meurent tous les jours. Je sais ça, évidemment, poursuivit Céline sans plus rien maîtriser de son discours.
C’était comme si une digue avait lâché, et la violence du flot la surprenait elle-même.
− Des gens meurent tous les jours, c’est comme si on était une armée de soldats, avançant sans rien voir le long d’une falaise. Et de temps en temps, une bombe explose, une mine éclate, au milieu de cette foule. Ça fait comme un trou, puis les blessés se relèvent, ceux qui sont à côté détournent la tête ou baissent les yeux. Et comme le flot avance toujours, pousse par-derrière, la colonne se remet en marche, en quelques instants le trou est recouvert, il ne reste plus rien de visible. Et peut-être que les survivants se disent simplement : tant mieux, ce n’était pas pour moi, pas cette fois-ci… Mais ça leur enlève forcément quelque chose, et ça rend très difficile même d’en parler… Alors voilà, ce n’est peut-être pas très clair, ce que je dis, mais je crois que vous appeler pour vous donner mes notes de bac, c’était infaisable…
− Je comprends ce que tu dis, Céline, mais tu oublies une chose. Pour nous aussi, la vie continue. Je me lève le matin pour aller bosser, je tombe en panne de batterie, j’ai des bouts de poulet coincés entre deux molaires qui m’agacent pendant des heures jusqu’à ce que je trouve un cure-dent…. Même après ça, notre vie continue, et elle n’est pas soudain illuminée, mise en valeur, que sais-je, par la présence de la mort… Ça, c’est des conneries bonnes pour les romanciers et les scénaristes de téléfilms…
[…] − C’est ta mère qui a voulu que tu descendes nous voir, cette année? demanda Bernard après avoir négocié un des innombrables ronds-points sur la nationale.
− Non, elle n’était pas très pour. Elle pensait que c’était trop tôt, que ce serait difficile pour vous…
− Eh bien! au contraire, moi je trouve que c’est une excellente idée. D’ailleurs, le soir où ta tante m’a annoncé que tu l’avais appelée, que tu arrivais pour passer quelques semaines avec nous, je crois bien qu’elle a ri de bon cœur, comme ça, sans raison, pour la première fois depuis la mort de Julien. Tu sais, c’est beaucoup plus dur pour elle… Elle est seule à la maison, jour après jour, alors que moi je travaille, je vois des clients, j’ai la tête prise toute la journée, ça m’évite de penser. Elle, sa vie était basée sur les horaires de Julien, ses horaires de lycée, ses horaires sportifs… D’un seul coup, il n’y a plus rien…
− Bernard avait frémi, Céline l’avait senti au bord des larmes, et une émotion confuse l’avait saisir, l’envie de se serrer contre lui, de blottir sa tête au creux de l’épaule de son oncle.
− On a été cons, voilà tout. On a été aveugles, et cons, et c’est arrivé.

Consigne d’écriture I
Dressez une liste d’au moins six raisons possibles pour lesquelles la mère de Céline ne voulait pas que sa fille rende visite à sa tante
et son oncle. Le silence est-il plus sauf?
Minimum 300, maximum 500 mots.

Consigne d’écriture II
Pourquoi Bernard est-il si heureux que sa nièce Céline soit descendue les voir dans le Sud? Quel est le plus dur pour les parents dont un enfant s’est suicidé(e)?
Minimum 300, maximum 600 mots.

Consigne d’écriture III
La société est-elle en partie responsable des suicides des adolescents aujourd’hui? Dans quelle mesure?
Minimum 350, maximum 500 mots.

Consigne d’écriture IV
Céline décide de trouver des activités créatives pour distraire
sa tante qui a perdu sa raison d’être après la mort de son fils.
Dressez une liste d’activités susceptibles de faire sortir sa tante de sa torpeur et de remonter la pente.
Minimum 300, maximum 500 mots.

Consigne d’écriture V
Commentez la citation de l’oncle de Céline :
« Même après ça, notre vie continue, et elle n’est pas soudain illuminée, mise en valeur, que sais-je, par la présence de la mort… Ça, c’est des conneries bonnes pour les romanciers et les scénaristes de téléfilms… »
Êtes-vous d’accord avec lui ?
Minimum 300, maximum 600 mots.

bouton3 bouton2  boutonachetez