Autisme Exercices d'écritures pour adultes

La vitesse de l’obscurité, Elizabeth Moon

Volet Autisme

Résumé
Il y a la vitesse de la lumière, dont tout le monde a entendu parler, sur laquelle ont travaillé les plus grands savants. Mais qu’en est-il de la vitesse de l’obscurité ? Lou Arrendale sait qu’elle existe, qu’elle est aussi digne d’intérêt, et même peut-être plus. Mais personne n’écoute Lou. Car Lou est autiste. Grâce à ses dons pour les mathématiques, il jouit d’une excellente situation dans une compagnie pharmaceutique et mène une vie indépendante. Cependant, l’offre de tester un traitement expérimental censé annuler les effets de l’autisme chez l’adulte vient perturber son existence bien réglée. Si celui-ci réussit, Lou devrait penser, agir et se comporter comme n’importe quel adulte « normal». Mais, délivré de l’autisme, Lou Arrendale serait-il encore lui-même ? Roman profond et inoubliable qu’Elizabeth Moon a dédié à son fils autiste.

Extrait
Le docteur Fornum, une femme sèche et professionnelle, soulève un sourcil et secoue légèrement la tête. Les autistes ne comprennent pas ces signes. Du moins, c’est ce qui est écrit dans le livre. J’ai lu ce livre, ce qui fait que je sais ce que je ne suis pas censé comprendre.

Ce que je n’ai pas bien saisi, en revanche, c’est l’étendue des choses qu’eux ne comprennent pas. Eux, les gens normaux ; les gens réels ; ceux qui ont des diplômes et qui s’asseyent derrière des bureaux dans des fauteuils confortables.

Quand elle répond au téléphone, j’en profite pour regarder dans son bureau et je découvre des choses scintillantes qu’elle ignore posséder. Je bouge la tête d’avant en arrière de telle sorte que la lumière scintille par intervalles sur la couverture brillante d’un livre posé sur l’étagère d’angle. Si elle remarque que je remue la tête d’avant en arrière, elle le note aussitôt dans son dossier. Il lui arrive même d’interrompre sa conversation au téléphone pour me dire d’arrêter. Quand je remue la tête de cette manière, ils appellent cela « maniérisme moteur stéréotypé », mais lorsque c’est elle qui le fait, c’est de la relaxation du cou. Pour moi, c’est un jeu ; je m’amuse à regarder la lumière clignoter sur les objets. […]

Nous sommes entrés dans la pizzeria à vingt et une heures, Linda, Bailey, Éric, Dale, Cameron et moi. Les gens qui travaillent ici nous connaissent. Même si des clients nous jettent des regards trop appuyés à cause de notre comportement et de la manière dont nous nous exprimons -ou dont nous nous taisons-, le personnel, lui, ne nous regarde jamais avec ces expressions qui veulent dire : « Fichez le camp d’ici ! », comme j’en ai souvent vu dans d’autres endroits. Linda se contente de montrer du doigt ce qu’elle veut ; parfois, elle l’écrit d’abord sur un morceau de papier. Ils ne l’ennuient jamais avec des questions.

Ce soir, notre table habituelle n’est pas prête. Je supporte mal la vue des cinq assiettes sales et des plateaux de pizzas. Rien qu’à l’idée des taches de sauce, de fromage et des morceaux de croûte, mon estomac se retourne. Le nombre impair des assiettes rend les choses en pire. […]

Nous attendons en silence que les plats arrivent parce ce que chacun d’entre nous, à sa manière, cherche à s’adapter à la situation. En raison de ma visite au docteur Fornum, je suis plus conscient que d’habitude des détails de ce processus : Linda tapote des doigts sur la partie rebondie de sa cuillère selon un schéma compliqué qui ferait les délices d’un mathématicien. Je regarde l’enseigne de la bière du coin de l’œil, tout comme Dale. Cameron fait sauter si discrètement le petit dé en plastique qu’il garde dans sa poche que ceux qui ne le connaissent pas ne pourraient pas le deviner, mais moi, je vois le battement rythmé de sa manche. Bailey regarde lui aussi l’enseigne de la bière. Éric a sorti son stylo à plusieurs couleurs et il dessine des figures géométriques sur le set en papier. D’abord le rouge, puis le violet, le bleu, puis le vert, le jaune, puis l’orange et le rouge à nouveau. Il aime que les plats arrivent au moment précis où il termine son graphisme coloré. Aujourd’hui, les boissons ont été servies alors qu’il en était au jaune. Les plats sont arrivés avec l’orange qui suivait. Son visage se détend. […]

–      Puis-je voir votre billet, s’il vous plaît ? Et une pièce d’identité ?

Je me sens me glacer jusqu’aux os. Il n’a rien demandé à personne – pas même à l’homme aux longs cheveux tressés qui est passé devant moi en me bousculant pour aller retirer sont porte-documents du tapis roulant-, rien non plus à Marjory… Je n’ai rien fait de mal. Il n’y a pas besoin d’avoir un billet pour franchir le contrôle des arrivées. Il suffit de connaître le numéro du vol que l’on attend. Les gens qui viennent chercher quelqu’un n’ont pas besoin de billets parce qu’ils ne voyagent pas. En revanche, au contrôle des départs, il faut avoir un billet.

–      Je n’ai pas de billet, dis-je. […]
–      Papiers d’identité, répète-t-il.

Son regard ne me lâche pas et son visage commence à briller. Je sors mon portefeuille et je l’ouvre pour lui montrer ma carte d’identité.

Il me regarde et me fixe à nouveau.

–      Si vous n’avez pas de billet, qu’est-ce que vous faites là ?

Je sens mon cœur s’affoler. La sueur coule dans mon cou.

–      Je suis… je suis… je suis…
–      Accouche, dit-il, en fronçant les sourcils. Tu bégaies comme ça tout le temps ?

Je baisse la tête. Je sais que je ne pourrai plus articuler un mot pendant plusieurs minutes. Je fouille dans la poche de ma chemise et je sors la petite carte que je garde toujours sur moi. Je la lui tends. Il la regarde.

–      Autiste. Ah ? Mais vous parliez, il y a une minute, vous me répondiez.

Marjory s’approche derrière lui.

–      Quelque chose ne va pas, Lou ?
–      Ne vous mêlez pas de ça, madame, dit l’homme sans se retourner.
–      C’est mon ami, rétorque Marjory. Nous sommes venus chercher quelqu’un qui arrive sur le vol 282, porte 17. Je n’ai pas entendu la sonnerie se déclencher…

La colère perce dans sa voix.

À présent, l’homme tourne la tête pour la regarder. Il se détend un peu.

–      Il est avec vous ?
–      Oui. Il y a un problème ?
–      Non, m’dame. Il semblait un peu bizarre. Je suppose que ceci (il tient toujours ma carte dans sa main) explique cela. Mais, du moment que vous l’accompagnez…

Je ne suis pas son accompagnatrice, réplique Marjory sur le même ton que celui qu’elle a employé pour dire que Don était un vrai chameau. Lou est mon ami.

Consigne d’écriture I
Un groupe d’intervenants sociaux participent à une formation « Écriture et déconstruction de soi », qui leur permettra de proposer des ateliers d’écriture à leurs patients autistes. En tant que responsable du projet, vous les aidez à créer dix consignes d’écriture propices à l’expression de leurs patients. Ensuite, vous leur suggérez cinq thèmes d’improvisation théâtrale en leur indiquant les costumes et les accessoires à utiliser.
Minimum 400, maximum 700 mots.

Consigne d’écriture II
Le propriétaire de la pizzeria, sensible aux besoins de ses six fidèles clients a pris des mesures sur le plan architectural, acoustique, humain, etc., pour favoriser leur bien-être.
Dressez la liste de dix mesures qui rendent la visite plus agréable et dénuée d’agressivité. Expliquez la raison de chaque choix.
Exemple : mise à disposition de feutres de couleur et de nappes sur lesquelles on peut dessiner.
Minimum 350, maximum 600 mots.

Consigne d’écriture III
Vous suivez Lou depuis quelques mois. Lors de sa dernière visite, il vous a raconté sa mésaventure à l’aéroport et vous tentez de l’aider à faire face à la situation. Vous lui suggérez une liste d’arguments pour donner la réplique aux individus désagréables et menaçants.
Minimum 350, maximum 700 mots

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